On connait tous les forfaits de ski à l’heure, les remises accordées en cas d’achat anticipé mais connaissez-vous les forfaits dont le prix varie en fonction des conditions de ski (météo, nombre de pistes ouvertes…) ?

 

Quand la météo dicte le prix des forfaits de ski


Qui n’a jamais râlé et houspillé après sa station de ski favorite un jour de météo capricieuse (vent, risque d’avalanche…) ? En effet, quoi de plus désagréable que de payer son forfait journée au prix fort alors que 30% du domaine skiable est fermé pour cause de conditions défavorables ?

C’est pourtant une pratique plus que courante dans la plupart des stations (pour ne pas dire toutes) puisque le prix du forfait journée n’est pas directement aligné sur le taux d’ouverture des pistes et remontées mécaniques. Résultat, à moins d’un gros aléa climatique immobilisant 75% des appareils et obligeant les responsables d’une station à fermer la quasi-totalité de ses pistes de ski, on paye son forfait au prix fort même si l’accès à une partie du domaine skiable nous est refusé !

J'exagère un peu le trait volontairement mais qui n’a jamais assisté à cette scène devant les caisses des remontées mécaniques où plusieurs dizaines de skieurs mécontents viennent réclamer un remboursement partiel de leur forfait parce qu’un secteur du domaine skiable est fermé, parce que la télécabine permettant d’accéder au sommet des pistes est fermé ou parce qu’en raison d’un risque d’avalanche trop élevé certaines des plus belles pistes de la station demeurent fermées ?

Cette situation pour le moins « inconfortable » pour les skieurs que nous sommes pourrait enfin prochainement disparaitre (ou du moins progressivement s’estomper) puisqu’à l’initiative d’une poignée de stations de ski, des forfaits dont le prix varie en fonction des conditions sont en train de voir le jour.

L’idée est simple puisqu’elle consiste à systématiquement appliquer une remise sur le prix du forfait dès lors qu’une partie du domaine skiable est fermée. S’il fait beau, que la neige est au rendez-vous et que le domaine skiable est ouvert en totalité, les skieurs se voient appliquer le prix normal du forfait de ski. En revanche, si le temps est maussade et que seuls 70% des pistes sont ouvertes alors un tarif moindre est appliqué.

 

Avantages et inconvénients du forfait de ski "météo-dépendant"


Selon moi, ce forfait de ski au tarif « météo-dépendant » ou « conditions dépendant » présente plusieurs avantages :

► 1. Il renforce nettement le taux de satisfaction des skieurs (on n’a plus l’impression d’être « arnaqué » puisqu’on ne paye qu’à hauteur de ce qui nous est proposé le jour J)

► 2. Il oblige les exploitants des stations à un haut niveau d’entretien pour minimiser au maximum les risques de pannes, les retards d’ouverture… Sans quoi ils se voient contraints d’accorder une remise à leurs clients du jour.

► 3. Il « réconcilie » skieurs et exploitants et coupe court aux innombrables messages et avis négatifs postés ça et là par des clients non satisfaits de la politique tarifaire de leur station de ski

► 4. Il véhicule, de la part des exploitants de remontées mécaniques, un véritable message à l’attention des skieurs : « Votre satisfaction est notre priorité et nous mettons tout en œuvre pour délivrer un service de qualité ».

► 5. Il est susceptible d’attirer les skieurs locaux plus régulièrement. Privilégiés par leur situation, ces derniers ont en effet la fâcheuse tendance à n’arpenter les domaines skiables que lorsque les conditions sont parfaites. La promesse d’un forfait journée moins cher peu les inciter à venir au ski même lorsque le ciel est nuageux ou que 60% seulement du domaine skiable est ouvert.


Que du bonheur me direz-vous ? Certes, mais je vois aussi pointer quelques inconvénients où plutôt de potentiels risques avec ce type de grille tarifaire fluctuante en fonction de la météo ou du taux d’ouverture :

1. D’abord celui découlant de la tentation, pour les exploitants de remontées mécaniques, de conserver des pistes/appareils ouverts alors même que les conditions ne sont pas réunies à 100% pour leur exploitation dans des conditions optimales de sécurité. Si fermé un télésiège pour cause de vent se traduit automatiquement par une baisse du prix du forfait, ils vont forcément y réfléchir à deux fois avant de le stopper…
Sur ce point faisons néanmoins confiance aux exploitants qui, rappelons-le, engagent leur responsabilité chaque jour et qui, me semble-t-il, ne sont sans doute pas prêt à jouer à la roulette russe pour quelques centimes d’euros supplémentaires par forfait.

2. Celui ensuite de voir les prix « normaux » artificiellement gonflés afin de minimiser l’impact des remises accordées les jours où les conditions ne sont pas au top (météo défavorable ou domaine partiellement fermé).

3. Enfin, dans le scénario d’une saison « pourrie » (mauvais temps 50% du temps, enneigement difficile…) ce principe de prix remisé pourrait rapidement mettre en péril l’équilibre financier des stations (équilibre parfois déjà fragile). En effet, le fonctionnement au quotidien d’une station de ski génère de nombreux frais fixes (masse salariale, assurance, électricité, production de la neige de culture…) qu’il est déjà difficile de couvrir avec une politique tarifaire « classique » alors je vous laisse imaginer les difficultés engendrées dans le cas où 50% des forfaits de ski vendus font l’objet d’une remise !


Quoi qu’il en soit, ce nouveau type de forfait va dans le bon sens, celui de la flexibilité, synonyme de satisfaction client. De là à penser que toutes les stations vont progressivement s’en inspirer ? Sans doute pas mais en tout cas ce type d’initiative mérite d’être mis en lumière.

 

Le prix du forfait ajusté en fonction de la météo : Ça existe déjà en Suisse


Après une phase d'étude conduite ces deux dernières saisons, les stations de ski de Pizol (dans le canton de Saint-Gall) et Belalp (dans le Valais) vont définitivement adopter, dès cet hiver, le calcul du prix des forfaits journaliers en fonction de la météo.

Durant ces 2 années de test, environ 10 000 forfaits journées dépendant de la météo ont été vendus dans les deux stations (soit moins de 3% du volume total de forfaits vendus par ces 2 destinations) et la remise moyenne accordée sur le prix du forfait était de 27%.

La moitié de ces « forfaits météo » ont été achetés par des skieurs qui ne seraient pas venus sans le rabais accordé pour cause de mauvais temps. Ce dispositif a donc généré un chiffre d'affaires supplémentaire de 160.000 CHF pour les deux stations.
Dans le même temps, 5000 amateurs de glisse ont profité d'un rabais alors qu'ils auraient de toute façon acheté un forfait. Cela se traduit donc par un "manque à gagner" de 64.000 CHF pour les stations.

Une rentrée d’argent supplémentaire de 160.000 CHF d’un côté, 64.000 CHF de manque à gagner de l’autre… Le calcul est vite fait et montre clairement que le dispositif est, à ce stade de « test », rentable.

Laissons-nous cependant encore une ou deux saisons hivernales pour juger de sa réelle attractivité et de sa pérennité…

 

Un forfait moins cher quand certaines pistes sont fermées, c’est le pari fait par Laguiole


Dans l’Aubrac, la petite station de Laguiole (15 pistes et 10 remontées mécaniques) propose déjà une grille tarifaire « modulable » en fonction du taux d’ouverture de son domaine skiable. A titre d’exemple, le forfait journée adulte vendu à 19,00 € en temps normal (quand l’intégralité du domaine est ouverte), passe à 15,00€ dès lors qu’uniquement 60% du domaine est praticable.

Certains dirons que la remise accordée n’est que de 4€ mais elle représente tout de même un effort à hauteur de 21% du prix journalier ce qui est loin d’être négligeable surtout pour une petite station.

Notons par ailleurs que le même type de remise s’applique aussi aux forfaits ½ journée (adultes, enfants…) conférant au dispositif une attractivité accrue auprès du bassin de proximité.

Une politique tarifaire audacieuse que l’on aimerait tous voir appliquée dans d’autres stations…