Le soleil et les températures douces, ça n’a pas que du bon… Le redoux n’est pas sans conséquence sur le manteau neigeux et augmente considérablement les risques d’avalanche…

À l’arrivée des « beaux jours », après six mois bien emmitouflés dans nos doudounes, on n’a qu’une idée en tête : profiter du soleil et des températures printanières. Si lézarder sur une plage ne présente guère de danger (si ce n’est celui de ressembler à une belle écrevisse après quelques heures), en montagne où neige et redoux ne font pas bon ménage, la donne n’est pas la même…

 

Le redoux modifie la structure du manteau neigeux


Si la plupart des skieurs savent pertinemment qu’un important cumul de neige fraîche représente un fort risque d’avalanche, moins de monde perçoit les conséquences directes d’un redoux sur la stabilité du manteau neigeux (l’actualité récente nous l’a encore malheureusement démontré).

Le manteau neigeux se constitue en effet d’un « empilement » de couches de neige. Or, ces différentes couches, fruit des chutes successives n’ont malheureusement pas les mêmes caractéristiques (densité, taux d’humidité, température…) si bien qu’au fil du temps et des variations météorologiques, la stabilité du manteau neigeux (autrement dit l’accroche entre ces différentes couches de neige) évolue.

Si le vent et les précipitations sont deux des principaux facteurs de diminution de la stabilité du manteau neigeux, une hausse brutale et prolongée de la température ambiante constitue également un réel facteur de changement. Sous l’effet du redoux, la structure et la forme des cristaux de glace « agglomérés » les uns contre les autres vont progressivement évoluer : les cristaux de neige vont perdre leur forme d’étoile favorisant du même coup la possible rupture du manteau neigeux.

En cas de redoux prolongé, et faute de gelées nocturnes, le phénomène va s’amplifier jour après jour et il suffira ensuite du simple passage d’un skieur, d’un randonneur ou d’un animal pour venir rompre le fragile édifice… C’est l’avalanche !

 

Le redoux favorise le déclenchement des avalanches de neige de printemps


Si en temps normal, le soleil agit essentiellement sur les versants Sud et Ouest des montagnes, en cas de fort redoux, le rayonnement solaire peut agir sur l’ensemble des pentes et accélérer la transformation du manteau neigeux.

Pluie et/ou fonte superficielle entrainent de facto l’apparition d’eau au sein du manteau neigeux. Si une neige poudreuse présente une masse volumique d’environ 50 à 150 kg/m3, une neige de printemps, lourdement chargée en humidité, peut atteindre les 500 kg/m3. Sachant qu’en cas d’avalanche, le poids de la neige s’exerce sur les éventuelles victimes ensevelies, il est facile de comprendre pourquoi les avalanches de neige de printemps sont si souvent fatales (imaginez la pression exercée sur une victime bloquée sous plusieurs m3 de neige lourde…).

De la même manière, on comprend mieux pourquoi à volume égal de neige déplacée (sous-entendu par une coulée), une avalanche de neige lourde risque de générer des dégâts beaucoup plus marqués qu’une avalanche de neige fraîche (arbres littéralement arrachés/déchiquetés, ponts démolis, pylônes de remontées mécaniques pliés…)

  

Nos conseils pour profiter de la neige malgré le redoux (et pour éviter le drame !)


Les conseils de base s’appliquent bien évidemment en cas de redoux :

►  se renseigner auprès des professionnels de la montagne (guides, pisteurs secouristes…),
►  respecter la signalisation (risque d’avalanche supérieur à 3 = on ne sort pas des pistes balisées)
►  en cas de sortie en rando, indiquez l’itinéraire prévu à un proche et respectez cet itinéraire (sinon comment savoir où vous chercher ?)
►  éviter dans la mesure du possible de faire du ski de rando seul (qui donnera l’alerte en cas de problème ?)
►  emportez toujours le matériel indispensable pelle/sonde/arva

 

D’autres conseils, plus spécifiques aux conditions printanières :

►  pour une sortie en skis de rando, prévoyez d’être de retour avant que la température ambiante ne soit trop importante (ne vous élancez pas dans l’ascension à 11h du matin !)
►  même conseil pour le hors-piste : profitez-en le matin, de 9h à 10h/10h30 et n’allez pas tenter le diable à 2 h de l’après-midi…
►  n'oubliez pas lunettes et crème solaire, ça cogne sec en montagne !